Changer d'R

Dernière mise à jour : 22 août



Elle me demande « Comment ça s’écrit, air ? ». Ma petite nièce a neuf ans. On joue au Scrabble sur la serviette de plage. L’été, mon triple-kif, c’est jouer au scrabble, pêcher la palourde et regarder la mer. Bilan carbone presqu’irréprochable ! Certes, il faut bien aller jusqu’à la mer et il faudra bien cuire les palourdes ; J’admets, mais pour le reste, ma vie d’été se conjugue au maximum en respect du vert et bleu.


Je lui réponds « Ca dépend, ma puce, air… comme dans changer d’air ? ». Elle dit oui. « Alors ça s’écrit : A-I-R, c’est tout simple. Ca vaut pas bien cher au scrabble, mais ça permet toujours d’avancer ! ».


Ceci dit, à bien y réfléchir, ma réponse n’est pas totalement juste. Il faut que je la rappelle avant la rentrée des classes pour réparer mon imprécision ! On ne sait jamais, la lancinante dictée du Jeudi pourrait bien la ré-exposer au sujet.


Parce que c’est vrai qu’on peut changer d’AIR. Mais on peut aussi changer d’AIRE et pourquoi pas, enfin, changer d’ERE ! Tout un programme, cette triple révolution que je peux engager presqu’à chaque instant, car en personne libre de mouvements et de pensées, au fil de la vie, il m’appartient et m’est offert de me réinventer (dixit Sartre, toujours).


Des trois mouvements, à vrai dire, je ne sais pas celui que je préfère. Observons-les d'un peu plus près :


Changer d’AIR : s’oxygéner les méninges autant que les poumons, tous les pores de la peau, surtout celle qui respire peu. Marcher nu-pieds, filer le nez au vent, sentir l’écume des jours, les pluies d’étoiles la nuit, le parfum proustien du sable aux écorces de pin. Souffler – souffler – souffler. Se rapprocher de sa personnalité profonde, aussi. Ne plus avoir besoin pendant quelques jours d’avoir l’air fin, sérieux, concentré. Avoir juste l’air de rien, passer inaperçu, se fondre dans les éléments, la tête à l’air et la tête en l’air.


Changer d’AIRE, ensuite : quitter son pré carré si l’on peut, quand l’envie ou la nécessité s’en font sentir. Idéalement, avant même d’en ressentir l’urgence, préventivement, en médecine chinoise. Repenser les espaces, oser le tout petit, ou bien le très très grand. Faire contraste avec le quotidien. Changer son siège de place sur sa petite planète, bouger les murs, monter les étages pour voir le ciel : il n’y a pas de méchant gratte-ciel qui ne finisse quelque part dans un fin nuage, plus aimable que l’irrespirable plancher des vaches quand celles-ci auront été boutées loin, très loin. Trop loin.


Changer d’ERE, enfin et surtout : car « Y’a l’feu ma brave dame ! », au propre comme au figuré. Comment expliquer ça à des enfants de 9 ans ? Pas le propre et le figuré, quoique ça pourrait servir au bac de Français. Mais bien la réalité : il y a le feu !! La réalité dépasse la fiction. L’actualité supplante toute prévision. Il nous faut changer d’ère. Et c’est possible : on l’a appris à l’école, en tout cas je m’en souviens bien. Elles s’appelaient tertiaire, quaternaire, pré-socratique en philo, ou révolution industrielle en sciences éco. Bien sûr que l’Homme sait faire ça, il l’a toujours fait. Il est juste grand temps qu’il passe à l'acte et qu’il donne toutes ses facultés. On va dire qu’il s’est mis suffisamment en abîme pour que le rebond soit spectaculaire !


Alors, je me remets en chemin NatuRHes moi aussi et je vous laisse avec cette réflexion, posée sur un « mot compte triple » inventé pour l'occasion, en cette brûlante fin d’été.

Quel changement d’R allez-vous engager, pour cette rentrée 2022 ? A vous de jouer !